Hivernage piscine : actif ou passif, organiser et facturer votre saison

On met une piscine en hivernage quand l’eau passe durablement sous 12 °C. Deux méthodes : l’hivernage actif (filtration réduite, eau à niveau) pour les hivers doux du littoral, et l’hivernage passif (filtration coupée, niveau abaissé, circuits purgés) dès qu’il gèle régulièrement. Pour un pisciniste, c’est surtout une campagne de quelques semaines à planifier et deux prestations à bien chiffrer : la fermeture à l’automne et la remise en route au printemps.

Quand mettre une piscine en hivernage ?

Le bon moment se lit sur le thermomètre. La Fédération des professionnels de la piscine (FPP) fixe le repère à 12 °C : sous ce seuil, algues et bactéries se développent beaucoup plus lentement, et le bassin peut rester fermé sans tourner au vert. Hiverné trop tôt, un bassin épuise son produit d’hivernage bien avant janvier.

Mesurez donc la température de l’eau à chaque passage d’octobre et notez-la dans le rapport. Sur le littoral varois, le seuil tombe le plus souvent en novembre ; dans l’arrière-pays, un peu plus tôt. Deux autres conditions comptent : la baignade est finie (faites-le confirmer par écrit, surtout pour une location saisonnière), et l’essentiel des feuilles est tombé, sinon elles pourrissent sous la bâche.

Bon à savoir : la plupart des fabricants d’électrolyseurs demandent de couper la production de chlore quand l’eau descend sous 15 °C environ, car les électrodes s’usent vite en eau froide. Beaucoup d’appareils récents ont un mode hiver qui le fait seul. Vérifiez la notice du modèle installé et, si le bassin reste en actif, prenez le relais avec un produit d’hivernage compatible.

Hivernage actif ou passif : lequel conseiller ?

Les deux méthodes protègent le bassin, mais pas contre les mêmes risques. L’hivernage actif garde une eau qui circule, donc saine, et rend la remise en route presque immédiate. L’hivernage passif supprime le risque de gel dans les canalisations, au prix d’un redémarrage plus long au printemps.

Hivernage actif et hivernage passif comparés
CritèreHivernage actifHivernage passif
ClimatHivers doux, gel rare et brefGel fréquent ou durable
Filtration2 à 3 h par jour, ou en continu à basse vitesse avec une pompe à vitesse variableArrêtée, armoire électrique coupée
Niveau d’eauNormalBaissé d’environ 10 cm sous les skimmers, ou canalisations purgées à l’air
Protection contre le gelCoffret hors-gel qui relance la filtrationBouchons, gizzmos, flotteurs, circuits vidés
ProduitsTraitement réduit, pH surveilléTraitement choc puis produit d’hivernage en une fois
Passages de contrôleEnviron un par moisOccasionnels : bâche, niveau après les fortes pluies
Remise en routeRapide : on réajuste la filtrationPlus longue : niveau, circuits, redémarrage complet
Pour quels bassinsContrats annuels, bassins avec volet, local technique hors gelRésidences secondaires, bassins isolés, locaux techniques exposés

Sur le littoral : l’actif par défaut

De Saint-Raphaël à Antibes, les nuits de gel restent rares et courtes. L’hivernage actif convient à la plupart des bassins sous contrat, à deux conditions : un coffret hors-gel qui relance la filtration quand l’air approche 0 °C, et un local technique qui ne gèle pas.

Dans l’arrière-pays varois : méfiez-vous des nuits froides

À Draguignan, les températures minimales moyennes de janvier tournent autour de 1 °C ; à Bagnols-en-Forêt ou à Fayence, plus haut, les nuits sous zéro n’ont rien d’exceptionnel. Une canalisation pleine qui gèle se fend, et la glace pousse contre les skimmers. Si la filtration n’a pas de protection hors-gel fiable, si le propriétaire est absent tout l’hiver ou si le courant risque d’être coupé, conseillez le passif.

Attention : un hivernage actif sans hors-gel sur un bassin exposé, c’est le scénario de la canalisation fendue en février. Si le client refuse votre conseil, écrivez-le dans le rapport de passage et gardez la trace de son accord.

Le protocole d’hivernage pas à pas

Profitez du dernier passage d’entretien, quelques jours avant, pour régler le pH entre 7,2 et 7,6, corriger le TAC et faire un traitement choc : l’eau arrive claire le jour de l’hivernage. Vérifiez aussi l’équilibre calco-carbonique, une eau agressive attaquant le liner et les joints pendant tout l’hiver (voir l’indice de Langelier expliqué aux pros).

Hivernage passif

  1. Nettoyez la ligne d’eau, les skimmers et leurs paniers, brossez les parois et aspirez le fond.
  2. Nettoyez le filtre : contre-lavage et rinçage pour un filtre à sable, lavage des cartouches ou des poches.
  3. Baissez le niveau d’environ 10 cm sous les skimmers et sous les buses de refoulement. Si le niveau doit rester haut (volet immergé, par exemple), vidangez plutôt les canalisations à l’air comprimé.
  4. Vidangez le filtre, le préfiltre et le corps de pompe, et la pompe à chaleur s’il y en a une. Laissez les purges ouvertes et rangez les bouchons dans le préfiltre pour les retrouver au printemps.
  5. Sortez les sondes et la cellule d’électrolyse si leur notice le demande, et débranchez la pompe si le local est humide.
  6. Versez le produit d’hivernage à la dose du fabricant, réparti sur tout le pourtour du bassin.
  7. Posez les bouchons d’hivernage sur les refoulements et la prise balai, et un gizzmo dans chaque skimmer.
  8. Placez les flotteurs d’hivernage en diagonale ou le long des parois, reliés entre eux.
  9. Rangez l’échelle, le plongeoir et le matériel de nettoyage.
  10. Tendez la bâche d’hivernage sans pli ni jour, et vérifiez chaque tendeur.
  11. Coupez l’armoire électrique, retirez les fusibles, puis photographiez la bâche posée, le niveau et le local technique.

Hivernage actif

  1. Nettoyez le bassin et le filtre comme pour un hivernage passif.
  2. Coupez l’électrolyseur ou la régulation de chlore sous 15 °C environ, et versez un produit d’hivernage compatible avec l’installation.
  3. Réglez la filtration : 2 à 3 h par jour, de préférence en fin de nuit, aux heures les plus froides, ou en continu à basse vitesse avec une pompe à vitesse variable.
  4. Activez le coffret hors-gel et testez son déclenchement, sonde en place.
  5. Laissez le niveau normal et couvrez le bassin (bâche ou volet fermé). En zone exposée, un gizzmo par skimmer et des flotteurs restent une bonne assurance.
  6. Planifiez un passage de contrôle environ toutes les quatre semaines : pH, désinfectant, niveau, préfiltre, pression du filtre, état de la bâche et du hors-gel.

Le matériel à charger dans le véhicule

  • Des bouchons d’hivernage de plusieurs diamètres, des gizzmos d’avance, des flotteurs et de la cordelette.
  • Des tendeurs et des ressorts de bâche de rechange.
  • Du produit d’hivernage, du chlore choc et des correcteurs de pH.
  • La trousse d’analyse et un thermomètre.
  • Un souffleur ou un compresseur pour purger les canalisations, et une pompe de relevage si le bassin n’a pas de vanne de vidange.
  • Des joints toriques, de la graisse silicone et les clés de filtre.

La remise en route au printemps

La remise en route se fait avant que l’eau ne remonte au-dessus de 12 °C : souvent en mars sur le littoral, en avril plus haut. Attendre, c’est retrouver un bassin vert sous la bâche. Après un hivernage passif, suivez cet ordre :

  1. Nettoyez la bâche en place (feuilles, eau stagnante), retirez-la, puis faites-la sécher avant de la plier.
  2. Retirez les flotteurs, les gizzmos et les bouchons d’hivernage.
  3. Refaites le niveau jusqu’au milieu des skimmers.
  4. Remontez les bouchons de purge, le couvercle du préfiltre, les sondes et la cellule, puis ouvrez les vannes progressivement en vérifiant l’étanchéité des raccords.
  5. Remettez l’armoire sous tension, relancez la filtration, contrôlez la pression du filtre et faites un contre-lavage.
  6. Analysez l’eau (pH, TAC, TH, stabilisant), réglez le pH, puis faites un traitement choc et laissez filtrer en continu 24 à 48 h.
  7. Remettez en service l’électrolyseur quand l’eau dépasse sa température minimale, la pompe à chaleur et l’échelle, puis réglez la durée de filtration.
  8. Repassez dans la semaine pour vérifier que l’eau est claire et le pH stable, avant de reprendre le rythme du contrat.

Après un hivernage actif, la remise en route se résume à un nettoyage, une analyse, un choc si besoin, la remise en marche de l’électrolyseur et une durée de filtration réajustée. C’est l’un des meilleurs arguments pour vendre l’actif sur la côte.

Comment vendre et facturer l’hivernage

Trois façons de le vendre

  • Dans le contrat annuel. Hivernage, contrôles d’hiver et remise en route font partie du forfait, lissé sur douze mensualités. Vous encaissez toute l’année (voir mensualiser vos contrats par prélèvement SEPA).
  • En deux forfaits séparés. Pour les clients sous contrat d’avril à octobre : un forfait d’hivernage à l’automne, un forfait de remise en route au printemps.
  • À l’intervention. Pour les particuliers qui entretiennent eux-mêmes leur bassin l’été : un devis, une date, une facture.

Dans tous les cas, écrivez ce qui est compris : produits, nombre de passages de contrôle, fourniture des bouchons et des gizzmos, réparation de la bâche. Les litiges naissent des oublis de contrat, pas des prestations mal faites (voir les clauses d’un contrat d’entretien de piscine).

Chiffrer au temps réellement passé

La méthode est la même que pour l’entretien courant : temps sur place et trajet, multipliés par votre taux horaire, plus les produits et le petit matériel. Si vous n’avez pas encore calculé votre taux horaire, commencez par là (voir comment fixer le prix d’un contrat d’entretien).

Exemple : un hivernage passif près de Draguignan

Bassin de 50 m³ en liner, bâche à barres, à 20 minutes de votre secteur. Comptez 2 h sur place (nettoyage, niveau, purges, bouchons, gizzmos, flotteurs, bâche) et 40 minutes de trajet aller et retour. À 55 € HT de l’heure, cela fait 147 € HT ; ajoutez 30 € HT de produit d’hivernage et de chlore choc, soit environ 180 € HT. La remise en route du printemps, plus longue (2 h 30 sur place), revient autour de 220 € HT avec 45 € HT de produits.

Les ordres de grandeur du marché

Les annuaires de devis affichent des fourchettes larges pour une intervention ponctuelle : environ 200 à 400 € pour un hivernage et 150 à 450 € pour une remise en route, produits souvent en plus. Ils mélangent tailles de bassin, régions et prestataires : c’est un repère, pas un tarif. Pour un client sous contrat, rien ne vous oblige à vous aligner, puisque le trajet est déjà dans la tournée.

Bon à savoir : vendez aussi les passages de contrôle de l’hiver. Une demi-heure par mois sur un bassin en actif permet de repérer une bâche arrachée par le vent, un hors-gel en panne ou un pH qui dérive, et c’est ce qui justifie un contrat à l’année plutôt qu’à la saison.

Organiser la campagne d’hivernage

Fermer des dizaines de bassins en quelques semaines, pendant que les passages d’octobre continuent, se prépare dès septembre.

  • Écrivez à chaque client en septembre : méthode conseillée (actif ou passif), date proposée et prix. Gardez sa réponse par écrit, surtout quand il choisit contre votre avis.
  • Commencez par l’arrière-pays, qui refroidit le premier, et finissez par le littoral.
  • Regroupez par secteur et par jour, comme pour votre tournée habituelle (voir organiser vos tournées d’entretien).
  • Calculez la charge. Avec 40 bassins en actif à 1 h 15 et 20 en passif à 2 h, il faut 90 heures sur place, plus une vingtaine d’heures de route : un peu plus de trois semaines pleines pour un technicien.
  • Récupérez les clés et les codes des résidences secondaires avant le départ des propriétaires.
  • Commandez tôt bouchons, gizzmos, flotteurs et produits d’hivernage, avant le pic de demande chez votre grossiste.
  • Gardez des créneaux libres pour les bassins encore trop chauds : mieux vaut décaler d’une semaine que fermer trop tôt.

Le rapport de fin de saison, votre meilleure protection

Une canalisation fendue en février ou un liner décollé en mars, et la première question du propriétaire sera : « L’hivernage a-t-il été bien fait ? » Le rapport de fermeture y répond. Il doit contenir la date, la température de l’eau, les relevés, les produits versés et leurs doses, la méthode choisie avec l’accord du client, l’état des équipements et des photos : bâche posée, bouchons en place, local technique, position des vannes.

Notez aussi chaque anomalie repérée : joint qui suinte, pompe bruyante, margelle fissurée, liner qui se décolle. C’est votre protection, et c’est aussi du travail pour le printemps : une pompe bruyante en novembre, c’est un remplacement à chiffrer avant la remise en route (voir ce que doit contenir un rapport de passage).

Questions fréquentes

À quelle température mettre une piscine en hivernage ?

Quand l’eau reste durablement sous 12 °C, le repère donné par la Fédération des professionnels de la piscine. Au-dessus, les algues se développent encore et le produit d’hivernage s’épuise avant la fin de l’hiver. Sur la Côte d’Azur, ce seuil tombe le plus souvent en novembre.

Faut-il vider une piscine pour l’hiver ?

Non. Un bassin vide risque la déformation ou le décollement du liner et, avec une nappe phréatique haute, des dégâts sur la structure. En hivernage passif, on baisse seulement le niveau d’environ 10 cm sous les skimmers et les refoulements, ou on purge les canalisations à l’air comprimé.

Combien d’heures de filtration en hivernage actif ?

De 2 à 3 h par jour avec une pompe classique, de préférence en fin de nuit, ou en continu à basse vitesse avec une pompe à vitesse variable. Un coffret hors-gel doit relancer la filtration quand la température de l’air approche 0 °C.

Combien coûte un hivernage de piscine ?

Les prix publics d’une intervention ponctuelle vont d’environ 200 à 400 € pour un hivernage et de 150 à 450 € pour une remise en route, produits souvent en plus. Pour vos clients, chiffrez le temps sur place et le trajet à votre taux horaire, plus les produits.

Quand faire la remise en route de la piscine ?

Avant que l’eau ne remonte au-dessus de 12 °C, pour éviter de retrouver un bassin vert : souvent en mars sur le littoral méditerranéen, en avril dans l’arrière-pays. Après un hivernage actif, elle est beaucoup plus rapide qu’après un passif.